Instruction
Gabriel Massan, né en 1996 à Rio de Janeiro, vit et travaille à Berlin. Artiste multidisciplinaire, il travaille dans les domaines de l'animation 3D, de la sculpture numérique, du jeu vidéo et des installations interactives. Il définit sa pratique comme de l'archéologie fictionnelle — utilisant la narration et la construction d'univers pour créer des environnements numériques spéculatifs abordant les thèmes de l'inégalité, du déplacement et de l'expérience latino-américaine.
Il a présenté des expositions individuelles au BOZAR, à la Pinacoteca de São Paulo, aux Serpentine Galleries et à la Photographers' Gallery. Il a reçu le prix Ars Electronica Award of Distinction dans la catégorie Interactive Art+ (2024).
HOW DO WE GET THERE? s’inspire du phénomène brésilien du train hopping, pratique consistant à monter clandestinement à bord de trains de marchandises pour se déplacer à travers le territoire. Ce mode de transport informel, souvent risqué, devient dans l’œuvre une métaphore des trajectoires sociales contemporaines. Le déplacement n’y est plus un simple passage d’un point A à un point B, mais un processus incertain, fait de détours, d’obstacles et d’adaptations constantes.
Dans cette perspective, les notions de « départ » et d’« arrivée » perdent leur caractère linéaire. Elles se transforment en états instables, négociés en permanence entre contraintes matérielles et aspirations individuelles, entre géographie réelle et expérience subjective. Le transport, symbole de mobilité et de progrès, révèle ici ses limites et ses inégalités, en particulier dans les contextes du Sud global où les infrastructures ne garantissent pas un accès équitable aux déplacements.
L’installation immersive conçue par Gabriel Massan transpose cette réalité dans un univers spéculatif. Un vaisseau spatial traverse des paysages hybrides, à la fois futuristes et fragmentés, qui échappent aux logiques traditionnelles de cartographie. Ces territoires semblent exister en dehors des cadres officiels, comme des zones interstitielles où se redéfinissent les possibilités de circulation et d’existence. L’esthétique numérique et les environnements générés plongent le spectateur dans une expérience sensorielle où se mêlent fiction, mémoire et critique sociale.
À travers cette œuvre, l’artiste met en lumière une expérience du déplacement marquée par la précarité, mais aussi par la persistance et l’inventivité. Atteindre une destination apparaît comme un objectif incertain, voire inaccessible. Pourtant, le mouvement lui-même devient essentiel : continuer à avancer constitue une forme de résistance.