Artiste

Gabriela Löffel

Gabriela Löffel
©️ Erika Irmler

Gabriela Löffel, née en 1972 en Suisse, travaille principalement avec les médias temporels et s'intéresse particulièrement aux structures politiques, financières et aux infrastructures. Sa méthode — passer du document immédiat aux domaines de l'interprétation et de la mise en scène — aboutit à des projets à long terme qui créent des espaces pour poser des questions et proposer des ruptures dans les récits linéaires.

Elle a récemment exposé et présenté son travail lors de plusieurs événements et institutions, notamment Cycle de projections au Centre Pompidou à Paris à la Ménagerie de Verre (2026), ainsi qu’aux Rencontres Internationales Paris/Berlin à la Maison Européenne de la Photographie (2025). Son travail a également été présenté en exposition à la Konschthal à Esch-sur-Alzette (Luxembourg, 2026), à l’Aargauer Kunsthaus à Aarau (2025) et au MAST à Bologne (Italie, 2024). Elle a par ailleurs participé à la Kochi-Muziris Biennale en Inde (2022/23).

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5.752.414.468

5.752.414.468 de Gabriela Löffel prend pour point de départ l’affaire n°ARB/12/12 du CIRDI, opposant la société énergétique Vattenfall à la République fédérale d’Allemagne. À la suite de la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne décide d’accélérer sa sortie du nucléaire, entraînant une demande d’indemnisation de plus de 5,7 milliards d’euros de la part de l’entreprise. Ce litige, emblématique des tensions entre décisions politiques et intérêts économiques, constitue le socle de l’installation.

L’artiste s’intéresse particulièrement à la langue du droit international et à ses mécanismes de production. Elle extrait des fragments des plaidoiries d’ouverture et de clôture, qu’elle transforme en scénario confié à une agence de casting. Ce déplacement constitue un geste central : il permet de faire passer un discours juridique, souvent perçu comme opaque, dans un autre registre de lecture.

Le processus de casting, habituellement invisible dans la production cinématographique, devient ici un outil d’analyse. Neuf acteurs auditionnent les rôles des différentes parties (juges, avocats), rejouant les textes dans un espace qui évoque à la fois une scène et une salle d’opération. Cette mise en situation permet de déconstruire la rhétorique juridique, d’en révéler les stratégies et les tensions internes.

Les enregistrements des auditions sont combinés avec des fragments sonores originaux de l’audience, formant une installation vidéo à trois canaux. L’œuvre met ainsi en évidence la performativité du langage juridique et interroge les dispositifs de pouvoir qu’il mobilise. En rendant visible ce qui est habituellement dissimulé, 5.752.414.468 ouvre un espace critique sur les enjeux politiques et économiques inscrits dans ces processus.

Gabriela Löffel
Gabriela Löffel, 5.752.414.468, Villa du Parc © Aurelien Mole
Gabriela Löffel
5.752.414.468, Installation vidéo 3 canaux, 4 haut-parleurs, 115', 2020-2021.